forum

Chronologie » De 2000 à 2030 » Massacre d’Ascq en avril 1944 : un procès en Allemagne n’aura pas lieu

Administrateur

rank_admin.png

Avatar

Inscrit le: 27/12/2013

Messages: 8118

Le 17/03/2018 à 08h56
La perspective d’un procès en Allemagne d’un ancien SS impliqué dans le massacre d’Ascq en 1944 s’éloigne, après un avis récent de la justice française qui alimente les regrets de descendants des quatre-vingt-six victimes de cet «Oradour du Nord», comme ont été désignés ces événements tragiques.

Depuis début 2016, l’étau judiciaire s’était pourtant resserré autour d’un nonagénaire qui coulait jusqu’alors une retraite paisible d’artisan-peintre près de Celle. Son domicile avait été perquisitionné et il avait été interrogé à plusieurs reprises.

Le parquet de Dortmund, compétent pour les crimes nazis, avait retrouvé la trace de cet ancien membre de la 12e division SS de la «Hitlerjugend» (Jeunesse hitlérienne) qui avait investi Ascq, près de Lille, dans la nuit du 1er au 2 avril 1944. En quelques heures, une cinquantaine de soldats dont le train avait légèrement déraillé après une action de sabotage de la Résistance, s’étaient positionné dans ce bourg, et avait fusillé en représailles par vagues quatre-ving-six hommes. Le plus jeune était un adolescent de 15 ans.

La juridiction allemande avait été saisie par l’arrière petit-fils d’une des victimes, Alexandre Delezenne, un mandataire judiciaire de Dunkerque. « L’idée que des assassins qui ont massacré sans raison puissent mener une vie tranquille en Allemagne passe mal », se justifiait-il.

Car après avoir été condamné à mort — par contumace — en 1949 par le tribunal militaire de Metz délocalisé à Lille, cet ancien SS avait été gracié en 1955, comme quinze autres, par le président de la République française René Coty : « au nom notamment de la réconciliation franco-allemande », se remémore l’historienne Jacqueline Duhem, spécialiste de ce dossier. Avant de rejuger ce criminel nazi, la justice allemande avait sollicité en novembre 2017 l’avis de la chancellerie française. Celle-ci lui a remis ses conclusions le mardi 13 février 2018.

Aux yeux de la Chancellerie, il apparaît d’abord que les faits ayant valu condamnation de l’ancien SS, âgé de 21 ans lors de ce massacre, « peuvent être analysés comme des crimes de guerre », pour lesquels la prescription est de 20 ans, et non « pour des faits de crime contre l’humanité, qui sont imprescriptibles ».

Le ministère de la Justice considère également que s’applique dans ce cas le principe dit « ne bis in idem », selon lequel, en vertu des accords de Schengen, une personne ne peut être jugée deux fois pour les mêmes faits dans deux pays différents. La Chancellerie explique toutefois que « cette analyse n’engage » qu’elle et « ne saurait préjuger de la décision qui sera prise par les autorités allemandes ».

L’issue allemande ne fait guère de doute. Interrogée le vendredi 16 mars 2018 par l’Agence France Presse, le porte-parole du parquet de Celle a répondu avoir : « pris connaissance de la position de la justice française. Nous l’examinons actuellement ». Avant d’ajouter : « Les personnes qui sont concernées par une décision à venir doivent en être informées en premier lieu ». En décembre, il avait prévenu: « nous avons les mains liées: nous ne pouvons rien faire de plus si les collègues français nous disent qu’il ne peut plus être poursuivi ».

Une hypothèse mal accueillie par la douzaine de familles, descendantes des victimes, qui avaient entrepris les démarches pour se constituer parties civiles, en liaison avec un avocat allemand spécialiste des crimes nazis. « C’est regrettable. Il faudrait pourtant que justice passe. Que cet homme soit condamné, pour que ce crime soit reconnu. A la barre, j’aurais pu dire qu’il a tué des innocents. Il nous a privés de notre papa, nous n’avons pas eu de jeunesse, toute notre vie a été bouleversée », déplore Marguerite Marie Béghin, 81 ans, associée à son frère (80 ans) et sa sœur (75 ans). « Ce procès aurait surtout été l’occasion d’essayer de comprendre comment et pourquoi on en est arrivé à tuer des civils de cette façon, et si cet homme a des regrets. On ne le saura pas… », résume André Baratte, 89 ans, fils de massacré, parlant aussi au nom de ses deux sœurs âgées de 90 et 92 ans.

La source: http://lhistoireenrafale.lunion.fr/2018/03/16/massacre-dascq-en-avril-1944-un-proces-en-allemagne-naura-pas-lieu/
Site web    
Répondre
Vous n'êtes pas autorisé à écrire dans cette catégorie
1 Utilisateur en ligne : 0 Administrateur, 0 Modérateur, 0 Membre et 1 Visiteur
Utilisateur en ligne : Aucun membre connecté