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Et après » Le destin tragique et héroïque de la sous-lieutenante Eugénie-Malika Djendi

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Le 22/09/2018 à 13h10
La sous-lieutenante Eugénie-Malika Djendi fut opératrice radio pendant la Seconde Guerre mondiale, cette « Merlinette » et ses camarades se sont battues contre les Nazis et elle paya de sa vie cette lutte pour la liberté. Albert Algoud nous parle de cette femme exceptionnelle.



Ces femmes étaient membres des Forces Françaises Libres, comme Eugénie-Malika Djendi. Ici à Londres en 1944 en pleine Seconde Guerre Mondiale. © Getty / Keystone France

Au hasard d’une promenade dans le parc André Citroën dans le XVe arrondissement de Paris, j’ai récemment avisé une plaque ainsi libellée :

Jardin Sous-Lieutenante Eugénie-Malika Djendi (1923-1945) « Merlinette », Opératrice radio du corps féminin des transmissions d'Afrique du nord. Parachutée par les services spéciaux d'Alger, résistante, déportée et exécutée à Ravensbrück.

Ému par le jeune âge de cette femme assassinée par les nazis à 22 ans et intrigué par le terme "Merlinette", je me suis alors reporté au remarquable ouvrage de l’historienne Malka Marcovitch, que nous avions reçu dans Vous les femmes, intitulé Parisiennes aux éditions Balland, et qui raconte le destin d’un peu plus de 300 femmes dont le nom a été attribué à des rues ou à des places parisiennes.

Eugénie-Malika Djendi naquit le 8 avril 1923 à Bône, actuelle Annaba, en Algérie, dans une famille mixte. Son père était musulman et sa mère pied-noir d’origine italienne. Fin 1942, Eugénie-Malika devient une "Merlinette". On connaît bien les Claudettes. Les ultimes fans d’Alain Juppé se souviennent des Juppettes. Mais qui furent les "Merlinettes" dont l’histoire est peu connue ?

Après le débarquement allié en Afrique du nord, le colonel Merlin prend le commandement des transmissions des forces de Terre, Mer et Air. À Alger, il crée l'"Arme des Transmissions". Pour compenser le manque drastique d’hommes dans les forces libres, il forme le "Corps Féminin des Transmissions », qui regroupera jusqu’à 2000 jeunes filles, toutes engagées volontaires. Très rapidement appelées "Merlinettes", elles participent aux côtés des Forces Françaises Libres aux campagnes d'Italie, de France et d’Allemagne. Certaines sont également volontaires pour être parachutées en France occupée.

C’est le cas d’Eugénie-Malika Djendi, une des premières engagées qui reçoit à Alger une formation très complète digne de James Bond : apprentissage du renseignement, topographie, repérage des objectifs à bombarder, close combat, séances de tir, maniement des explosifs, conduite de moto et d’auto, parachutisme...

Puis, à Londres, elle devient opératrice-radio, ou « pianiste », un surnom donné aux opérateurs-radio clandestins grâce au toucher de leur index très rapide. Peu spectaculaire, l’action des opérateurs et des opératrices radio, rappelons-le, fut pourtant l’une des plus efficaces de la Résistance, mais aussi une des plus dangereuses. Émettre de France plus de trois minutes, plus de trois fois de suite au même endroit sans changer de longueur d'onde était quasi suicidaire.

Eugénie-Malika Djendi, incorporée dans la mission « Berlin » et « Libellule », doit opérer dans la région parisienne. Parachutée le 7 avril 1944 près de Sully-sur-Loire, elle réussit à établir la liaison avec Alger et Londres. Mais repérée par l’Abwher, elle est arrêtée, porteuse de son arme et tout son matériel radio. Elle est enfermée dans les locaux de la Gestapo où avec une autre « Merlinette », Pierrette Louin, elle aide une camarade d’une cellule voisine à s’enfuir, en attirant l’attention de ses geôliers par des cris et des chants.

Elles sont déportées au camp de concentration de Ravensbrück où, le 18 janvier 1945, elles sont pendues avec deux autres « Merlinettes » dont Marie-Louise Cloarec et Suzanne Mertzizen, qui furent arrêtées en Haute Vienne à Saint-Léger-Magnazeix où une stèle, depuis peu, leur rend hommage. À ces noms, joignons celui d’Elisabeth Torlet, fusillée le 6 septembre 1944 près de l'Isle-sur-Doubs.

J’ai tenu à citer ces jeunes femmes héroïques parce que leur engagement courageux, et celui de toutes leurs camarades que je ne peux hélas pas toutes nommer, est trop rarement évoqué voire passé sous silence alors que leur combat pour vaincre le nazisme fut très important.

Si vous passez par le parc André Citroën, faîtes un détour par le square Eugénie-Malika Djendi et ayez une pensée pour les jeunes "Merlinettes" car c’est à elles aussi que nous devons notre liberté chérie.

La biographie complète de Eugènie-Malika Djendi est disponible sur le site du AASSDN.

La source: https://www.franceinter.fr/histoire/le-destin-tragique-et-heroique-de-la-sous-lieutenante-eugenie-malika-djendi
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