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Et après » Une héroïne de la Résistance face aux lycéens

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Le 01/11/2018 à 17h42


Mémoire vive de la Seconde Guerre mondiale, Marthe Cohn a retracé son passé de résistante et d’héroïne de la guerre à Blois.

Elle parcourt des milliers de kilomètres pour entretenir le devoir de mémoire. Son périple, lancé au début du mois d’octobre à la 25e Heure du livre au Mans, l’a conduite à Blois où elle donnait, jeudi 18 octobre, une conférence aux élèves de premières et terminales de la cité scolaire Augustin-Thierry.

Les lycéens se sont assis dans la salle Jean-Renoir au fond de la cour de l’établissement. Pour l’instant, Marthe Cohn, 98 ans, venue de Los Angeles où elle réside avec son mari, se tient en retrait, laissant les lycéens accaparés par le film qui retrace son engagement comme résistante face à l’occupant nazi, puis son action décisive comme agent de renseignements. Un documentaire bien trop court, et, parfois, ponctué d’imprécisions, qu’elle corrigera plus tard.

Pour l’instant, elle se lève et vient s’asseoir à la petite table sur laquelle ont été posés deux verres d’eau et un micro. Le silence pendant l’heure et demie de récit témoigne de la profondeur du message. Rare et précieux.

Recrutée comme agent de renseignements Marthe Cohn est née à Metz, en avril 1920, « un an et demi après la fin de la Première Guerre mondiale », précise-t-elle. Elle a donc à peine 20 ans lorsque le second conflit mondial éclate et que sa région natale est envahie par les Allemands. Et très vite sa famille va être marquée par deux tragédies. « Ma sœur a été emmenée par la Gestapo, police politique de l’Allemagne nazie. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai découvert que ce n’était pas la Gestapo, mais la Sipo (*). Elle a été arrêtée pour des faits de résistance. » Dans le bureau de la Sipo, Stéphanie refuse de dénoncer des résistants et de divulguer des informations. Elle sera « envoyée dans un camp à Limoges duquel elle refusera de s’évader, se sentant utile en tant qu’étudiante en médecine pour donner des soins », puis déportée à Auschwitz.

Le deuxième drame de sa vie sera l’exécution de son fiancé, Jacques, lui aussi résistant, qui sera fusillé durant la guerre.
Après avoir quitté Poitiers – où elle occupera un temps le poste d’interprète au bureau des réquisitions à la mairie – la petite Française de confession juive va réussir à faire passer la ligne de démarcation à sa famille, acte héroïque, qu’elle raconte dans son ouvrage Derrière les lignes ennemies, une espionne juive dans l’Allemagne nazie, et qu’elle considère comme « l’une des plus belles histoires humaines que l’on peut lire. » Et de rappeler par là même que 75 % des juifs français ont survécu au conflit.

En 1944, Marthe décide de s’engager à son tour dans la lutte et devient infirmière rattachée aux commandos d’Afrique. Ce n’est qu’ensuite qu’elle intégrera les services de renseignements. Sa capacité à parler couramment la langue de Goethe, lui permettra de collecter des informations précieuses sur les troupes allemandes « qui battent en retraite » et notamment d’apprendre que la « ligne Siegfried était totalement évacuée. »

Pour ces actes, Marthe Cohn a obtenu la Croix de guerre en 1945, la Médaille militaire en 1999, le grade de chevalier de la Légion d’honneur en 2004, puis la médaille de reconnaissance de la Nation en 2006, décorations données à voir aux lycéens.
(*) La Sicherheitspolizei (« police de sûreté »), abrégée Sipo, est la Police de sécurité allemande, créée en 1936 par Heinrich Himmler.
••• “ N’acceptez rien de ce que votre conscience rejetterait ”

C’est avec le sourire et la même joie de vivre communicative que Marthe Cohn a répondu aux questions des lycéens et profité des échanges pour affirmer : « On prétend qu’il y a eu peu de résistance en France. C’est extrêmement faux. »

Et la résistante de lancer aux étudiants présents dans la salle : « Soyez engagés, soyez au courant de ce qui se passe dans le monde et pas seulement dans votre localité, et n’acceptez rien de ce que votre conscience rejetterait. »

Pour le professeur d’histoire, Franck Damour, le témoignage livré par la résistante « donne une incarnation qu’aucun film ou cours ne donne. » Aussi, cette dernière a fait comprendre aux élèves « ce qu’est un acte de résistance », et aussi « ce qui s’est joué autour de la ligne de démarcation qui est sortie de la mémoire collective. »

La source: https://www.lanouvellerepublique.fr/blois/une-heroine-de-la-resistance-face-aux-lyceens
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