Bleuets, Coquelicots et Paquerettes, les fleurs de la grande guerre

Le coquelicot et le bleuet sont devenues les fleurs symboles de la guerre de 1914-1918 . Dans les pays du Commonwealth, le coquelicot est associé à la mémoire de ceux qui sont morts à la guerre. Cette mise en relation est plus ancienne: durant les guerres napoléoniennes du début du XIXe siècle, déjà, le lien entre le coquelicot et les champs de batailles avait été observé…En Belgique, ils ont choisi la pâquerette en raison de sa couleur blanche, évocatrice de la paix.

Alors que le « poppy » a été adopté officiellement en 1918, et le bleuet en 1920, ce n’est que dans les années 1930 que la pâquerette a été officiellement adoptée par les Belges : sous l’égide de la Princesse Jean de Mérode, née Princesse de la Beauffremont Courteny, la « Fédération Interalliée des anciens combattants (FIDAC) » crée en effet alors le fonds de « La Pâquerette de l’Ancien Combattant de l’Yser ». Ce Fonds a vendu des pâquerettes pour venir en aide aux anciens combattants.

La vente était réalisée par des comités locaux et se déroulait lors de journées de commémorations nationales telles que le 11 novembre ou le 21 Juillet, ainsi qu’en témoigne cet extrait du Courrier de l’ Armée de 1937 : Pour commémorer le 11 novembre, chaque pays vend sa fleur nationale au Bénéfice des Victimes de guerre. En Angleterre, c’est le coquelicot, en Belgique la pâquerette, en Italie le lys, en Yougoslavie et en Roumanie la pivoine et la violette, au Portugal l’oeillet et en France, le bleuet.  »

La vente des pâquerettes s’est achevée, après la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1950. Selon Walter Lelièvre, c’est parce que le coquelicot s’est répandu grâce au parrainage de Ypres par le Commonwealth, et qu’il a acquis progressivement une portée universelle, que la référence à la pâquerette été oubliée. Seuls les Français font encore référence au bleuet comme fleur de mémoire. Il faut croire néanmoins que les autorités belges ont souhaité renouer avec la tradition de la pâquerette puisque c’est cette fleur qui a été déposée il y a quelques années (2014), auprès des tombes du cimetière militaire belge de Ramskapelle

Comment expliquer que les champs mis à nus lors des combats se couvrent de ces fleurs rouges sang après la bataille?

Pour germer, la graine du coquelicot n’a que très peu d’exigences : elle a avant tout besoin d’une terre remuée et calcaire. De grande longévité, elle résiste bien au manque d’eau et à l’enfouissement, et peut donc rester dans le sol de longues années. Puis, dès que la terre est remuée et mise à nu, elle se met à germer. C’est ce qui explique aussi qu’elle se mit à pousser sur les terres dévastées par les obus et tranchées des combats de la première guerre mondiale…

Lors de la 1ere guerre mondiale, c’est le lieutenant colonel John McCrae, un médecin militaire canadien, qui établit lui aussi ce rapport entre le coquelicot et les champs de batailles. Alors qu’au printemps 1915,  son jeune ami Alexis Helmer avait été tué par un obus allemand à Ypres, et enseveli dans une tombe sommaire, marquée d’une simple croix de bois, John McCrae avait été frappé par le fait que des coquelicots poussaient spontanément entre les rangées de sépultures. Ce phénomène lui inspira son célèbre poème « In Flanders Fields » (« Au Champ d’Honneur »). Ecrit au début du mois de mai 1915, ce poème fut publié dans le London Punch le 8 décembre 1915.

In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses,row on row,

That mark our place; and in the skyThe larks, still bravely singing, flyScarce heard amid the guns below.We are the Dead. Short days agoWe lived, felt dawn, saw sunset glow,Loved, and were loved, and now we lieIn Flanders fields.Take up our quarrel with the foe:To you from failing hands we throwThe torch; be yours to hold it high.If ye break faith with us who dieWe shall not sleep, though poppies growIn Flanders fields.

Trois ans plus tard, et quelques jours seulement avant l’Armistice, l’Américaine Moina Michael, qui travaillait dans une cantine de la « YMCA » à New York fut très émue lorsqu’elle prit connaissance du poème. Elle composa à son tour un poème en réponse à celui de McCrae. Intitulé « We shall keep the faith », il exprime la promesse faite à ceux qui sont morts durant la guerre de se souvenir d’eux en portant le coquelicot. Moina se mit elle-même à porter un coquelicot en mémoire des millions de soldats qui avaient donné leur vie sur les champs de bataille. En 1920 cette coutume vint à la connaissance d’une française, Madame Guérin, en visite aux Etats-Unis.

À son retour en France, elle décida de se servir de coquelicots réalisés à la main pour recueillir des fonds pour les enfants sans ressources des régions dévastées du pays. En 1921, c’est le maréchal Douglas Haig, alors au commandement des armées britanniques en France et en Belgique qui, ayant découvert l’initiative d’Anne Guérin, incita l’organisation du British Poppy Day Appeal destiné à récolter des fonds pour les anciens combattants démunis et invalides. Cette année-là aussi, Anne Guérin voyagea au Canada et parvint à convaincre l’Association des anciens combattants de la Grande Guerre d’adopter le poppy comme symbole du souvenir. Les premiers coquelicots du Canada ont été distribués en novembre 1921. Depuis, dans tous les pays du Commonwealth, le « Poppy » (coquelicot) symbolise le Sacrifice et le Souvenir de la Première Guerre mondiale et l’Armistice du 11 Novembre est appelé le « Poppy Day » (jour du Coquelicot).

En France, le bleuet, également présent sur les champs de bataille et dont la couleur rappelle les uniformes des Poilus, est lui aussi devenu fleur-symbole du sacrifice des soldats lors du premier conflit mondial. Les poilus français avaient eux-mêmes choisi cette fleur comme symbole de leur guerre. En 1915,  les soldats vétérans de la mobilisation, vêtus de l’ uniforme bleu et rouge, ont donné le surnom de « bleuets » aux jeunes recrues qui arrivaient au front, habillées du nouvel uniforme bleu horizon de l’armée française.

Mais comme pour le coquelicot britannique, c’est après la guerre que le bleuet fut institué fleur du souvenir. Suzanne Lenhardt, infirmière-major de l’hôpital militaire des Invalides et veuve d’un capitaine d’Infanterie coloniale tué en 1915, et Charlotte Malleterre, fille du général Gustave Léon Niox et femme du général Gabriel Malleterre, toutes deux bouleversées par les souffrances des blessés de guerre dont elles s’occupaient, avaient saisi la nécessité de leur redonner une place active au sein de la société… Elles eurent l’idée d’organiser des ateliers où les mutilés de guerre confectionnaient des bleuets dont les pétales étaient réalisées avec du tissu et les étamines en papier journal.

Ces fleurs étaient vendues au public à diverses occasions et les revenus générés par cette activité permettaient de procurer un petit revenu à ces hommes. Le bleuet devint ainsi un symbole de la réinsertion par le travail.

Bien que cette tradition soit moins présente depuis les années 1960, le Bleuet de France est toujours vendu lors des commémorations du 8 mai et du 11 novembre, par des bénévoles de L’Œuvre Nationale du Bleuet de France, une association d’utilité publique sous la tutelle de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre. Son objectif est toujours de recueillir des fonds afin de financer les œuvres sociales qui viennent en aide aux anciens combattants et veuves de guerre, mais aussi désormais aux soldats blessés en opération de maintien de la paix, et aux victimes du terrorisme.