Historiques et cas d’interprétation des hymnes et sonneries en Belgique

La Brabançonne

La Brabançonne aurait pu s’appeler «La Bruxelloise», si l’éditeur des vers du «Chant national belge» écrits par Jenneval1 lors de la Révolution de septembre 1830, ne lui fit remarquer que ce titre existait déjà. François Van Campenhout (Bruxelles 1779 – 1848) compose la musique de ce chant qui symbolise la révolte des Belges face à l’oppresseur hollandais.

1 Jenneval : de son vrai nom Louis Alexandre Hyppolite Dechez ou Dechet, né à Lyon en 1801, mort près de Lierre le 19 octobre 1830 lorsqu’il fut atteint par un boulet lors des combats opposant Belges et Hollandais.

Paroles de La Brabançonne

Ô Belgique! Ô Mère chérie!
A toi nos coeurs, à toi nos bras
A toi notre sang, ô Patrie
Nous le jurons, tous, tu vivras
Tu vivras, toujours grande et belle
Et ton invincible unité
Aura pour devise immortelle
Le Roi, la Loi, la Liberté (3x)

La Brabançonne existe en version intégrale et en version courte. Sur le territoire national, l’hymne belge est toujours joué en dernier, après les hymnes étrangers (voir règle plus bas).

La version intégrale de La Brabançonne est jouée dans les cas suivants :

Lors de cérémonies en présence du Roi, de la Reine ou de Membres de la Famille royale (le moment de l’exécution peut varier en fonction de l’importance de la cérémonie, du dispositif, etc.);
– A l’issue de cérémonies commémoratives ou patriotiques;
– Avant une manifestation sportive nationale ou internationale;
– Lors d’une remise de prix;
– A l’issue d’une séance académique;
– A l’issue d’un service religieux ou œcuménique à caractère militaire ou patriotique;
– Lors de funérailles avec honneurs militaires (si musique militaire présente), lorsque le cercueil est sorti du corbillard et déposé, immédiatement après la sonnerie «Aux Champs»;
– A l’issue du service (religieux) lors de funérailles, avant la sortie du cercueil ou avant la sortie du Roi ou de Son représentant;

Lors du salut au drapeau, après la sonnerie «Aux Champs».
– La version courte de La Brabançonne est jouée dans les cas suivants :
– A l’arrivée du Roi, de la Reine ou d’un Membre de la Famille royale, immédiatement après la sonnerie «Aux Champs». L’exécution de La Brabançonne doit être terminée juste avant que les Souverains ou Membres de la Famille royale ne descendent de voiture.
– A l’arrivée du Représentant du Roi, immédiatement après la sonnerie du (des) «Garde-à-vous»;
– Lors de la mise en place et du départ d’un emblème, immédiatement après la sonnerie «Aux emblèmes» – «Au drapeau» – «A l’étendard» – «Au fanion»);
– A la fermeture du ban, immédiatement après la sonnerie «Fermez le ban».

Hymnes nationaux de pays étrangers
L’hymne national d’un autre pays est joué pour honorer un hôte étranger lors d’une visite ou d’une présence particulière. Les hymnes de pays étrangers sont également exécutés lors de cérémonies à caractère international. L’ordre d’exécution des hymnes nationaux est, en principe, établi par ordre alphabétique des dénominations exactes de ces pays dans une des langues diplomatiques officielles (français et anglais). Lorsque la (une des) langue(s) officielle(s) d’un pays est une des deux langues diplomatiques, c’est dans celle-là que sera établi l’ordre d’exécution des hymnes (donc en ordre alphabétique français en Belgique). Toutefois, certains grands organismes (ex : Otan, Onu) dérogent à cette règle et utilisent les dénominations anglaises.

Hymne européen
En 1972, le Conseil de l’Europe adopte cet extrait de la 9ème Symphonie de Ludwig van Beethoven pour en faire son hymne. Treize ans plus tard, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne officialisent cet hymne sans paroles. Il n’est pas destiné à remplacer les hymnes nationaux mais bien à célébrer les valeurs partagées et la diversité dans l’union.

Hymne de l’Otan
Composé par le lieutenant-colonel André Reichling, chef de musique de la Musique Militaire Grand-Ducale, cet hymne est joué lors de la visite de hauts dignitaires de l’Otan. Son exécution précède toujours les hymnes nationaux et ne peut jamais les remplacer.

Marches militaires
Les marches militaires belges sont incontestablement un riche patrimoine musical hérité ou écrit par des compositeurs contemporains. La spécificité de celles-ci est l’utilisation par toutes les musiques militaires de la trompette de cavalerie. Cet instrument typiquement belge a la particularité de pouvoir être joué en deux tonalités (si bémol et mi bémol). Le passage d’une tonalité vers l’autre se fait au moyen d’une valve rotative montée sur l’instrument.

Traditionnellement, les marches sont écrites dans une de ces deux tonalités; les unités dites «montées» (Cavalerie, Artillerie et Logistique*) en mi bémol, l’Infanterie, le Génie, les Transmissions, la Force Aérienne, la Marine et le Service Médical en si bémol. Cette règle est également appliquée aux différentes écoles.

* La Logistique étant issue de différents services et armes (Transport, Ravitaillement, Ordonnance, Génie, Transmissions), certaines marches ont été écrites en si bémol.

Ritournelles
Dans sa définition musicale militaire, la ritournelle est issue d’une marche. En général, elle correspond à la sonnerie introductive du thème principal de celle-ci. La ritournelle est jouée par le corps des trompettes ou par la formation entière, immédiatement après que la sonnerie spécifique visant à honorer une autorité militaire ait été jouée (voir Sonneries belges). La ritournelle jouée est celle de l’unité (arme/force) qu’a commandé ou dont est issu l’autorité militaire. Elle est toujours interprétée dans la même tonalité que la marche (si b ou mi b).

Sonneries belges
Au 19ème siècle et jusque dans l’entre-deux-guerres, l’ensemble des signaux et appels étaient sonnés au clairon dans les unités non montées et à la trompette de cavalerie dans les unités à cheval. L’électrification, de même que le développement d’autres moyens de communication, dont le téléphone, fit que cette tradition disparut peu à peu. Seules exceptions ayant survécu à la modernisation sont les sonneries avant et pendant une parade ou cérémonie.

Garde-à-vous
Le nombre de «Garde-à-vous» sonnés est fonction du grade, quelle que soit la fonction ou la nationalité du militaire à qui les honneurs sont rendus – 1 x général de brigade (Comd brigade); 2 x général-major; 3 x lieutenant général; 4 x général – (ou grades équivalents).

Les sonneries ont été enregistrées en si bémol (si b) et en mi bémol (mi b). Il est d’usage de jouer cette sonnerie dans le même ton que celui dans laquelle la marche/ritournelle a été composée.

Au Chef de Corps
Sonnerie réservée uniquement à l’accueil du chef de corps lors d’une prise d’armes. La sonnerie est également jouée dans le même ton que la ritournelle qui la suit.

Au Ministre de la Défense
Cette sonnerie réservée au Ministre de la Défense est jouée lors de l’accueil par les autorités militaires présentes et/ou par le commandant des troupes. Celle-ci n’est jamais suivie d’une ritournelle.

Rappel
Le «Rappel» est également une sonnerie protocolaire d’accueil de personnalités. Il est joué à l’arrivée des présidents de la Chambre des Représentants et du Sénat, du premier ministre, d’un ministre autre que le ministre de la Défense, d’un gouverneur, d’un député ou sénateur, d’un bourgmestre. Ces honneurs musicaux sont aussi rendus aux autorités étrangères du même rang de même qu’à de hauts dignitaires internationaux (président Commission européenne, secrétaire général Onu/Otan, etc.).

Au Drapeau (A l’Etendard – Au Fanion)
Joué lors de la mise en place d’un emblème lors d’une cérémonie, de même qu’à son départ à l’issue de celle-ci. La sonnerie est suivie de la version courte de La Brabançonne.

Ouvrez le Ban – Fermez le Ban
L’ouverture et la fermeture du ban sont jouées lors de la reconnaissance officielle d’une autorité militaire à partir de la fonction de chef de corps. Elles sont également sonnées lors de la remise de distinctions honorifiques dans les ordres nationaux et de la croix militaire.

La fermeture du ban est suivie de l’exécution de La Brabançonne en version courte

Aux Champs
Les premiers écrits faisant mention de «Aux Champs» sont repris dans le Décret Impérial du 24 Messidor An XII (13 juillet 1804) relatif aux cérémonies publiques, préséances, honneurs civils et militaires. A l’époque, «Aux Champs» était battu au tambour et non joué à la trompette ou autre instrument à vent et marquait les honneurs rendus à une haute autorité.

La Belgique a repris cette tradition musicale en jouant «Aux Champs» au clairon ou à la trompette de cavalerie. Cette sonnerie est exécutée, tant pour marquer l’arrivée et le départ des Souverains et Membres de la Famille royale et de chefs d’Etat étrangers que lors de cérémonies patriotiques. Deux versions existent, une courte et l’intégrale.

La version courte est jouée dans les cas suivants :
– Arrivée du Roi, de la Reine ou d’un membre de la Famille royale. Elle est immédiatement suivie de La Brabançonne en version courte;
– Départ du Roi, de la Reine ou d’un membre de la Famille royale, sans autre honneur musical. «Aux Champs» est sonné dès que le cortège royal ou princier se met en mouvement et quitte l’endroit de la cérémonie;
– Arrivée et départ d’un chef d’Etat étranger. Les trompettes rendent les honneurs dès que le chef d’Etat apparaît à la passerelle de l’avion ou la remonte à son départ. Si le déplacement est effectué en voiture, les honneurs musicaux doivent être terminés avant l’arrêt du véhicule ou lorsque celui-ci se met en mouvement au départ.

La version intégrale est jouée dans les cas suivants :
– Lors du salut au drapeau. Peut être suivie de l’hymne national;
– Lors de funérailles avec honneurs militaires. Les trompettes entament la sonnerie dès que le cercueil aura été retiré du corbillard et aura été déposé sur un brancard ou au sol ou à la levée du corps si les honneurs sont rendus au domicile du défunt, à la morgue ou au funérarium;
– A la consécration pendant un service religieux;
– Lors d’un dépôt de fleurs au Tombeau du Soldat Inconnu, uniquement lorsque la Flamme du Souvenir est ravivée. «Aux Champs» est joué immédiatement après que la plus haute autorité présente ait déposé une couronne ou une gerbe. Lors d’éventuels autres dépôts de fleurs, si une formation musicale est présente, celle-ci jouera de la musique de circonstance.

Last Post
La Belgique n’ayant eu à souffrir d’aucun conflit depuis son indépendance jusqu’à la Première Guerre Mondiale, la nécessité d’avoir une sonnerie destinée à honorer la mémoire de victimes tombées au champ d’honneur ne s’était pas fait sentir. Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis d’Amérique, une sonnerie spécifique existait déjà. En 1919, Honoré Hendrickx, (chef de musique au 4 Régiment de Ligne dès 1920 et en 1940 au 12 Régiment de Ligne), composa le «Last Post». Il est probable que le titre donné à cette sonnerie, qui est le même que celui des pays du Commonwealth (voir historique Last Post UK), l’ait été en souvenir des soldats d’Outre-Manche tombés dans le Westhoek.

Le «Last Post» est joué dans les cas suivants :
– Lors d’un dépôt de fleurs au Tombeau du Soldat Inconnu lorsqu’il n’y a pas de ravivage de la Flamme du Souvenir. Le «Last Post» est joué immédiatement après que la plus haute autorité présente ait déposé une couronne ou une gerbe. Pendant les autres dépôts de fleurs, si une formation musicale est présente, celle-ci jouera de la musique de circonstance;
– Lors de dépôts de fleurs à un monument aux morts.

Sonneries étrangères
Les sonneries étrangères reprises ci-dessous sont exécutées lors de cérémonies commémoratives en hommage aux militaires de ces pays, tombés sur le sol belge lors des deux Guerres Mondiales. Elles peuvent être jouées dans des cimetières (Henri-Chapelle, Waregem, Ypres, etc.), à des monuments érigés à la mémoire de ces soldats, dans des édifices religieux, etc. En principe, les honneurs musicaux sont rendus suivant les règles protocolaires en vigueur dans le pays concerné.

Last Post (UK)
A l’origine, aux 17ème et 18ème siècles, le «Last Post» signalait la dernière activité de la journée. Un gradé et un trompette se rendaient de sentinelle en sentinelle afin de s’assurer qu’elles étaient à leur poste. Arrivé au dernier poste de garde, le trompette sonnait le Last Post marquant la fin de toute activité et le début du repos de la nuit. A la fin des années 1800, la signification du «Last Post» changea. Cette sonnerie devint l’honneur musical rendu aux soldats victimes de leur devoir. Il symbolise le dernier adieu aux soldats tombés et le début de leur repos éternel.

Le «Last Post» britannique est joué tous les jours depuis le 1 juillet 1928 à Ypres (avec une interruption du 20 mai 1940 au 6 septembre 1944), sous la porte de Menin afin d’honorer les militaires de l’Empire britannique tombés au Saillant d’Ypres.

Le «Last Post» est joué lors de cérémonies commémoratives à la mémoire des soldats des pays du Commonwealth

Reveille (UK)
Le «Reveille» (UK) ou «Rouse», sonnerie qui à l’inverse du «Last Post» marque le réveil de la troupe et le début des activités de la journée est également devenu un signal musical lors de cérémonies commémoratives. Il est sonné après une minute de silence qui suit le «Last Post» ou après le «Lament».

Aux Morts (FR)
Assez étonnement, la sonnerie française «Aux Morts» est relativement récente. Ecrite en 1931 par le Commandant Dupont, Chef de Musique de la Garde républicaine, elle sera officialisée l’année suivante et sera jouée lors de toute commémoration de la Grande Guerre et lors du ravivage de la Flamme à l’Arc de Triomphe à l’Etoile.

Cette sonnerie est exécutée lors de cérémonies honorant les militaires français et des anciennes colonies.

«Aux Morts» est notamment joué lors de commémorations au Tombeau du Poilu Inconnu à Laeken.

Taps (US)
L’histoire du «Taps» remonte à la guerre de Sécession (1861-1865). Le Colonel Daniel Butterfield, aidé par le clairon de sa brigade Oliver Willcox Norton, s’inspire de la sonnerie «Extinction des feux» pour composer le «Taps». A l’issue du conflit, cette sonnerie est officialisée et devient l’honneur musical à la mémoire de toutes les victimes américaines tombées sur tous les théâtres d’hostilités.

En Belgique, à l’instar des sonneries britannique et française, le «Taps» est sonné lors de cérémonies en hommage aux GI’s tombés lors des deux Guerres Mondiales.