La Chanson des V

Il ne faut pas
Désespérer
On les aura
Il ne faut pas
Vous arrêter
De résister
N’oubliez pas
La lettre V
Ecrivez la
Chantonez là
V, V, V, V

Sur le murs et
Sur les pavés
Faites des V
Mais vous pouvez
Faire endêver
Les Doryphores
Et sans remords
Et sans danger
Vous sifflerez
Et chanterez
V, V, V, V



C’est une chanson brève (remarquons l’emploi du terme « siffler » en référence avec le chant des partisans dont le thème musical est sifflé), dont les vers sont courts et qui repose, à la fois sur une rime unique en « é » et sur l’anaphore de la lettre « V », symbole de la victoire et de la lutte anti-nazie. Le V en morse correspond aux premières notes de la Cinquième Symphonie de Beethoven.

L’anaphore est également reprise dans les rimes de la chanson « pavés, pouvez, baver ». La chanson est un engagement au combat contre l’oppression nazie désignée de manière implicite et péjorative : « on les aura, vous pouvez faire baver les doryphores ». Il s’agit également d’un appel et d’un encouragement à la résistance : « il ne faut pas » est utilisé deux fois, pour que tous les opprimés gardent l’espoir.

Cette lettre, symbole de victoire, doit être écrite sur tous les supports de la rue pour qu’elle soit vue, y compris de l’ennemi. Cela rappelle d’une part les V et crois de Loraine que l’on pouvait lire sur les murs et qui étaient faits clandestinement, souvent de nuit.

D’autre part, on peut mettre ce texte en lien avec le poème « Liberté » de Paul Eluard (1942), dans lequel le poète donne tous les supports sur lesquels il écrit ce mot.

http://www.poetica.fr/poeme-279/liberte-paul-eluard/

Comparaison des deux poèmes : communiquer pour résister L’occupant allemand met tout en place pour contrôler toutes les formes de communication (presse, radio…) et rejeter toutes les libertés individuelles et collectives (d’opinion, d’expression…). Une propagande intensive vise à promouvoir un ordre nouveau et à dénoncer les ennemis du régime. Les résistants doivent donc s’opposer et dénoncer ce qui est dit et écrit par la propagande officielle. Il s’agit de refaire circuler une parole libre, de faire savoir et de faire réagir.Se développent alors les journaux clandestins, tracts, poèmes et chansons diffusés à la BBC ou parachutés par les avions de la RAF.

Ainsi « La chanson des V » veut faire passer un message d’espoir et inciter à la résistance: « Il ne faut pas vous arrêter de résister ». Marianne Cohn, quant à elle, nous livre un message plus personnel mais néanmoins fortement déterminé dans sa volonté de résister.

La Chanson des V in Les Voix de la Liberté, Ici Londres 1940-1944, T. 1, Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC, La Documentation française, 1975