La résistance – Que devient la résistance en Belgique

Le Moniteur des 15 et 16 septembre 1944 publia les arrêtés ministériels relatifs aux groupements de Résistance. Furent reconnus officiellement l’Armée de la Libération, l’Armée Secrète, le Groupement G, le groupe Nola, le Front de l’Indépendance (Armée Belge des Partisans et Milices Patriotiques), le Mouvement National Belge, l’Organisation militaire belge de Résistance et Witte Brigade (Groep Fidelio). Purent être reconnus Résistants les personnes qui avaient été affiliées au groupement avant la Libération du territoire. De plus, les Résistants pouvaient en service commandé, porter une arme de guerre ou de défense. Les listes des membres des groupements reconnus furent dressées par arrondissement par les soins des dits organismes et remises au Procureur du Roi.
Les groupements reconnus ne pouvaient exercer le droit de réquisition qu’à l’intervention de l’autorité militaire alliée ou des autorités visées par l’arrêté royal du 3 mai 1939 sur les réquisitions militaires. Les interdictions prévues par la loi du 29 juillet 1934 modifiée par la loi du 4 mai 1936, relative aux milices privées, ne furent pas d’application aux membres des groupements reconnus.
Un arrêté du Régent, paru au Moniteur du 10 février 1945, créa un Conseil National de la Résistance. Il était chargé de donner au gouvernement son avis sur toutes les questions intéressant la Résistance.

La dissolution

Par suite de la décision prise par le conseil des Ministres de dissoudre les organismes de Résistance le 18 novembre 1944, une tension politique grave survint. Cet ukase provoqua dans les dits organismes une réaction très vive qui amena des manifestations, des affiches et l’invitation à ne pas remettre les armes. Les ministres communistes firent une première visite à Pierlot, puis en présence du maintien de l’arrêté par le Conseil des Ministres, ils décidèrent de quitter le gouvernement. Demany, ministre représentant la Résistance, se retira également donnant pour motifs que les engagements devant les membres de la Résistance n’avaient pas été tenus, que l’Epuration était loin d’être terminée, que les gros collaborateurs de l’ennemi couraient toujours et que certains secrétaires généraux avaient été mis en liberté sans consultation du conseil des Ministres. Pierlot s’adressa à la radio annonçant que la décision était maintenue. Il fit appel au calme et annonça que l’arrêté contesté avait été pris en accord avec le commandement des armées alliées. Après le discours du premier ministre, le porte-parole des dites armées fit savoir que les troupes alliées donneraient leur appui au gouvernement pour le maintien de l’ordre. La situation était donc grave. Il semblait aux yeux de beaucoup de personnes que l’on faisait trop de politique alors que la guerre était loin d’être finie. II était cependant un fait certain : la Belgique était encore zone de guerre et aucun chef d’armée ne pouvait, semblait-il, tolérer d’avoir derrière soi et surtout dans les liaisons directes qu’il possédait avec ses centres de ravitaillement, un pays en ébullition où tout était encore à craindre, même une recrudescence de la Cinquième Colonne à la faveur des troubles qui pouvaient se produire. Le gouvernement ne pouvait qu’appeler les Belges au bon sens et les inviter au calme, s’ils ne voulaient pas que les Anglais et les Américains ne prennent en mains la direction du pays. Des manifestations furent quand même annoncées un peu partout et le gouvernement nagea singulièrement dans cette affaire. Le samedi 18 novembre 1944 à 14 h 30, des ordres interdisant les manifestations furent envoyés aux bourgmestres ; à 16 heures, on placarda des affiches portant cet ordre à la connaissance du public. Mais à 20 heures, la radio annonçait la levée de l’interdit. Si bien que les cortèges se déroulèrent dans les rues, sans que d’ailleurs l’ordre n’ait eu à en souffrir. A Péruwelz, 450 manifestants venant de toutes les communes de la région réclamant la démission du gouvernement Pierlot déambulèrent derrière les P.A. qui ouvraient la marche, clairons en tête. Le M.N.B.(Mouvement National Belge) fit savoir dans l’Avenir du Tournaisis qu’il s’était abstenu de prendre part à la manifestation parce que celle-ci avait un caractère nettement «communiste». Il désapprouva nettement la position de certains groupements à tendance politique.

Le Front de l’Indépendance réagit également à la même époque. Il s’insurgea contre le fait que certaines personnes insinuaient qu’il n’était que le parti communiste déguisé. Il précisait qu’à la tête du F.I. (Front de l’Indépendance) se trouvait un comité comprenant des personnalités de tous les partis politiques. Il rappela à cette occasion les points principaux de son programme 
– collaboration active à la poursuite de la guerre jusqu’à l’écrasement total de l’Allemagne ;
– châtiment rapide et complet des traîtres et collaborateurs ;
– aide aux familles des prisonniers politiques, déportés et fusillés.
A ce propos, le Comité de Solidarité de Péruwelz, service social du F.I. (secrétariat : Francine Telle) lança un appel à la population à la veille de l’hiver pour envoyer des lainages et des couvertures aux déportés et prisonniers politiques. Cet appel fut largement entendu.

Les actes de mauvais gré

La rentrée en fort mauvais état des prisonniers politiques, les horreurs des camps de concentration, le retour des inciviques qui avaient porté le costume allemand, provoquèrent dans tout le pays d’inévitables réactions et déchaînèrent la colère populaire. Partout et principalement en pays flamand, des incidents sérieux se produisirent. A Renaix, Mol, Hoogstraeten, Noppel, Geel… les gens mirent à sac des maisons habitées par les collaborateurs. A Knocke, Blankenberge, Bruges et Ostende, des habitations, furent vidées de leur contenu et les meubles brûlés sur la voie publique. A Courtrai, la foule fit le siège de la gare où se trouvaient trois SS belges qui rentraient. L’un d’eux fut grièvement blessé. A Liège, Charleroi et dans le Borinage, des mouvements sérieux se produisirent. Etant donné ces émeutes, le gouvernement donna l’ordre d’arrêter de nouveau les inciviques dont la présence troublait l’ordre public. Des erreurs furent malheureusement commises. C’est ainsi que des actes de mauvais gré contre la villa des Chênes, rue de Saint-Amand, au Sablon à Bon-Secours et à la S.A. Caselith National rue du Berceau à Péruwelz, furent commis et aussitôt publiquement désavoués par la Résistance locale. Depuis la Libération, plusieurs attentats à la bombe avaient eu lieu à Péruwelz. Autant les attentats justifiés pendant l’Occupation contre les traîtres avaient la sympathie des Péruwelziens restés belges, autant ces attentats actuels avaient la réprobation unanime de la population. On se douta que ces attentats n’avaient aucun motif très reluisant. Le Comité d’Epuration qui groupait tous les Résistants désavouèrent du reste catégoriquement ces actes de désordre et de basse vengeance qui avaient pour résultat de détruire et d’abîmer les biens de braves concitoyens se trouvant dans les environs immédiats de ces attentats. Un acte de destruction contre la maison de S…, rue de Roucourt, eut des répercussions très graves pour les maisons voisines dont un grand nombre fut fortement endommagé. Après l’enquête d’usage, l’attentat avait pour but de voler les marchandises se trouvant dans l’habitation visée. Trois arrestations furent opérées.

Le Comité d’Epuration

Il y avait plusieurs mois que la Libération était un fait accompli, mais la guerre durait toujours. Aux jours exaltants et fiévreux qui suivirent la délivrance, succédèrent d’autres jours qui exigèrent une continuité dans l’effort fourni qui devait amener à plus ou moins brève échéance l’effondrement et l’anéantissement du nazisme.

Si les gens s’enthousiasmaient sur les nombreux succès des troupes qui acculaient dans un Reich aux frontières élastiques, un ennemi fanatique qui voulait résister jusqu’au dernier homme, ils s’enthousiasmaient beaucoup moins sur ce qui se passait à l’intérieur du pays. Ils voyaient journellement les suspects et les rexistes rentrer chez eux arborant une mine superbe. Il ne pouvait être question bien sûr de les détenir indéfiniment, mais qui aurait jamais cru que tous ces inciviques rentreraient dans leurs foyers avant les trop nombreux prisonniers de guerre, détenus politiques et autres travailleurs du service obligatoire en Allemagne qui, eux, ne revenaient pas rayonnants de santé. L’Epuration était loin d’être complète. Tous les porteurs de la défroque militaire allemande, grise ou noire, restés au pays, avaient été arrêtés et étaient dans la plupart des cas condamnés. Ils avaient trahi et on ne pouvait s’apitoyer sur leur sort… Mais à côté de ces gens-là, il y avait également ceux qui avaient payé des cotisations au parti rexiste durant toute la guerre et qui avaient ainsi entretenu de leurs deniers les caisses des pourvoyeurs de l’ennemi. Personne n’avait été contraint à s’affilier à ce parti, et ceux qui l’avaient fait auraient dû savoir à quoi ils s’exposaient le jour de la Libération. Que ne les avait-on maintenus en état d’arrestation sans tenir compte de leur situation sociale ou de leur état de fortune. Beaucoup pensaient qu’ils auraient pu réfléchir jusqu’à la fin de la guerre dans un camp quelconque, sur les conséquences de leur acte pendant l’Occupation… Un comité de Coordination des Forces Armées dépendant de l’Etat-Major provincial du Comité de Coordination Hainaut-Namur fut créé début octobre 1944 dans chaque commune comportant des groupements de Résistance. Comme son nom l’indiquait, ce comité avait pour but d’unifier et de coordonner l’action des groupes de Résistance armés, de maintenir et d’intensifier la bonne entente entre ces groupements, de permettre leur coopération au maintien de l’ordre, dans les conditions légales, avec la police légale et les forces de gendarmerie. 

Le siège du Comité pour Péruwelz fut installé sur la Grand-Place et y fonctionna journellement de 10 à 11 heures. Le travail qu’il fournit constitua une grande partie de la documentation accusatrice détenue par les Auditorats militaires. Chaque groupe de Résistance et chaque parti politique y avait désigné un délégué effectif et un suppléant. Ces délégués devaient être des hommes ayant fait de la Résistance active sous l’Occupation. Ils devaient également être bien décidés à poursuivre leur tâche sans aucune considération de relations d’affaires, de politique, de parenté ou autre. Ils devaient aussi ne pas se soucier des multiples ennuis que leur mission entraînait : sollicitations, interventions diverses, attaques verbales ou écrites, plaintes en justice, menaces de représailles… Par ailleurs, le bourgmestre, le commissaire de police ou le commandant de gendarmerie faisaient utilement partie de ce comité, qui pouvait donc compter 9 à 10 membres et même plus. Cette composition offrait le maximum de garanties à tous points de vue. Elle excluait la possibilité qu’il fût donné cours à des vengeances personnelles et elle permettait la représentation de toutes les classes sociales avec comme conséquence – en principe – le fait qu’aucune d’elles n’échappait à l’investigation.

Répression

La répression des fautes commises par les Kollaborateurs était assumée par les Auditeurs Militaires, lesquels devaient être mis au courant de façon aussi complète que possible, du comportement des accusés. Pour établir les dossiers d’accusation, les Auditeurs avaient recours à la Sûreté de l’Etat, à la gendarmerie et aux polices locales. Le Comité d’Epuration leur apporta une aide précieuse dans l’établissement des dossiers. C’était normal. Qui, mieux que ceux qui avaient espionné, filé les suspects, pouvait attester de leurs actes et déplacements ? Qui donc, mieux que ceux ayant subtilisé les lettres aux Feldgendarmeries et volé la documentation chez des rexistes pouvait produire ces pièces et y joindre toutes explications utiles ? Lièvre et chien de chasse à la fois, les Résistants – les vrais – avaient toujours eu l’oeil aux aguets et l’oreille aux écoutes…

Le Comité d’Epuration collabora également avec la Belgian Military Mission-Civils Affairs qui étudia et constitua des dossiers relevant des coups de main, prélèvements de fonds effectués par la Résistance. Il était certain que des individus n’appartenant nullement à des organismes de Résistance, avaient profité de l’équivoque et de la situation trouble pour commettre, pour leur compte personnel, des actes «irréguliers». Il était donc indispensable dans l’intérêt même de la Résistance qu’une distinction fût faite entre des actes patriotiques et des vols. A cet effet, il fut recommandé aux comités locaux d’ouvrir des enquêtes sérieuses en vue de déterminer si les actions avaient bien été faites par des membres de la Résistance et sous le couvert des responsables.On entendit assez communément critiquer l’Epuration, mais on était en droit de se demander si le public n’avait pas une part de responsabilité dans les lacunes déplorables que l’on constatait et dans les lenteurs de la répression.