Le saviez-vous – Les juifs et l’étoile jaune

Le port de l’étoile jaune est instauré par un décret en date du 1er septembre 1941, signé par Reinhard Heydrich, chef de l’Office central de la sécurité du Reich. Cette mesure, appliquée à tous les individus de confession juive âgés de plus de six ans, préfigure les lois antijuives prises à travers l’Europe pendant l’Occupation. Elle symbolise à elle seule l’horreur de la Shoah.

Les nazis n’ont pourtant rien inventé. De fait, le port d’un signe distinctif destiné à signaler les Israélites à la population non juive a été instauré dès l’époque médiévale par les représentants de l’Église catholique.

L’idée d’imposer un détail vestimentaire stigmatisant les héritiers de la loi mosaïque a surgi au cours du quatrième concile de Latran, convoqué par le pape Innocent III du 11 au 30 novembre 1215.

Elle découle de l’interdiction faite aux juifs d’occuper des fonctions d’autorité, d’avoir des relations professionnelles et sociales avec les chrétiens et même de sortir dans la rue pendant la Semaine Sainte… L’application de cette politique ségrégationniste suppose, en effet, qu’on puisse les identifier aisément. Or, comme le soulignent les 412 évêques qui assistent au concile de Latran : « Si dans certaines provinces, les habits des Juifs se distinguent de ceux des Chrétiens, dans d’autres, un degré de confusion se produit, de sorte qu’ils ne peuvent pas être reconnus par aucune marque distinctive. Comme résultat, par erreur, des Chrétiens ont des rapports sexuels avec des femmes juives… De façon que le crime d’un tel mélange maudit ne puisse plus avoir d’excuse dans le futur, nous décidons que les Juifs des deux sexes, dans toutes les terres chrétiennes, se distingueront eux-mêmes publiquement des autres peuples par leurs habits. Conformément au témoignage des Écritures, un tel précepte avait déjà été donné par Moïse (Lévitique 19.19 Lévitique 19 ; Deutéronome 22.5.11 Deutéronome 22). »

Passons sur la prétendue justification biblique de cette règle infamante. Ce qui frappe, c’est d’abord la rapidité avec laquelle les États européens vont s’atteler à adopter cette mesure. Après l’Italie, l’Allemagne s’empresse dès 1216 de promulguer un décret imposant aux juifs le port d’un ridicule chapeau à bout pointu. Trois ans plus tard, en Angleterre, c’est une reproduction des Tables de la Loi qui doit être cousue sur leurs habits. En France, le concile provincial de Narbonne, en 1227, innove à sa manière en les contraignant à arborer une rouelle, cette petite roue en tissu coloré censée rappeler la trahison de Judas. Saint Louis étendra en 1269 cette mesure au royaume. L’Espagne, elle, l’avait adoptée
dès 1231.

Certains auteurs ont cru pouvoir établir un parallèle entre les conclusions de ce concile et le texte dit du Pacte d’Oumar adopté en 717 par le calife ben Abd el-Aziz. Celui-ci instaurait la « dhimma », c’est-à-dire le régime juridique des non-musulmans en terre d’Islam. Cette loi – dont l’application était aléatoire – conduira à imposer aux juifs et aux chrétiens le port d’une ceinture en tissu appelée zunnah mais aussi une sorte de châle ou de foulard appelé taylasin.