Le tambour-major

Il ne faudrait pas croire que la canne de tambour-major était simplement une canne à grosse pomme de cuivre, dont les dimensions et l’ornementation étaient laissées à la fantaisie de son possesseur. L’armée réglementant tout dans les moindres détails, elle normalisa ce type de canne.


Nous avons fait la synthèse des informations figurant dans deux ouvrages extrêmement précis, auxquels on pourra se reporter sur Google.books : le « Journal des sciences militaires des armées de terre et de mer », par CORREARD, ancien ingénieur (1843) et le « Dictionnaire de l’armée de terre ou recherches historiques sur l’art et les usages militaires des anciens et des modernes », par le général BARDIN (1851).

HISTOIRE :

« La canne des majors français servait, comme le témoigne Bombelles (1754), à donner les signaux aux tambours ; l’emploi de la canne des tambours-majors en a été une imitation. » (Corréard).
Canne de tambour-major : « sorte de canne qui est un effet de distinction et de grand équipement ; il en est fait mention pour la première fois dans le règlement d’exercice de 1791, quoique l’emploi de cette marque distinctive fût ancien déjà. Elle était d’usage depuis que la canne des officiers-majors ou du major-capitaine ne donnaient plus directement de signaux aux tambours. On lit dans Praissac (1622) et dans Delafontaine (1675) que le tambour général (ainsi se nommait le tambour-major) châtiait de son bâton les tambours fautifs.
Ce bâton prit bientôt une forme et un nom nouveau ; il le dut à des colonels coquets qui, dans un temps où il était de mode d’avoir des coureurs, et où les tambours portaient la livrée, jugèrent galant de donner au conducteur de leur livrée militaire, la canne de leurs coureurs. La mode accueillit en France la singulère invention de ce joujou militaire ; mais la gravité transrhénane ne s’en accomoda jamais, si ce n’est de nos jours dans les royaumes allemands de création française.
L’ordonnance d’exercice de 1791 régularisa l’usage de la canne de tambour-major, et elle la consacra à donner les signaux des batteries de caisses et des divers genres de pas. Elle en fit un moyen de sémantique. » (Corréard)

CARACTERISTIQUES :

« A une époque très moderne, une conséquence nécessaire de ce principe fut l’adoption de la canne de caporal-tambour ; mais aucune indication n’existait sur ce genre de distinction et sur les dimensions, les formes et la matière de ces deux effets d’équipement.
Les rédacteurs du projet de règlement d’uniforme de 1818 se résignèrent à sanctionner définitivement, comme cela arrive toujours à la longue, les caprices de la mode.
Ils déterminèrent que la hauteur de la canne serait d’un mètre trois cents millimètres, bout et pomme compris ; que le jonc, entre le bout et la pomme, aurait une longueur d’un mètre ; que son diamètre supérieur serait de trente-deux millimètres, et son diamètre inférieur de vingt-trois millimètres ; et qu’enfin ce jonc serait environné d’une chaîne se croisant et se fixant à des crampons. » (Corréard).

POMMES DE CANNE :

« Sortes de pommes dont le nom est fort mal choisi, puisqu’elles ont une forme de poire. Elles sont considérées surtout ici comme une des parties des cannes qui servent à donner les signaux aux tambours ; elles sont en argent, au titre du commerce ; leur partie inférieure forme douille ; avant d’être fixée au jonc, elles sont, pour plus de solidité, remplies de résine bouillante. Leur forme et leurs dimensions étaient gravées dans un projet de règlement (1818, B). Elles se distinguent en pomme de canne de caporal-tambour et en pomme de canne de tambour-majour. » (Bardin)

POMME DE CANNE DE CAPORAL-TAMBOUR :

« Sorte de pomme de canne dont la hauteur est de 180 millimètres, le plus fort diamètre de quatre-vingt millimètres, et le poids, avant l’addition de toute matière étrangère, de deux cents trente grammes. » (Bardin)

POMME DE CANNE DE TAMBOUR-MAJOR :

« Sorte de pomme de canne dont la hauteur est de 200 millimètres, le plus fort diamètre de cent millimètres. Le poids, avant l’addition de résine, est de 340 grammes. Sa douille est percée pour le passage de la chaîne. » (Bardin)

BOUT DE CANNE :

« Sorte de bouts consistant en une douille à support de fer, qui forme garniture inférieure. Ils sont en argent ou en cuivre. Les bouts de canne se distinguent ou se distinguaient en bout de canne d’adjudant, de canne de caporal-tambour, de canne de tambour-major. » (Bardin)

BOUT DE CANNE DE CAPORAL-TAMBOUR :

« Sorte de bout de canne dont la douille est en argent et a cent quarante millimètres de hauteur. » (Bardin)

BOUT DE CANNE DE TAMBOUR-MAJOR :

« Sorte de bout de canne dont la douille est en argent ; sa hauteur est de cent cinquante millimètres. » (Bardin)

CRAMPONS DE CANNE :

« Sorte de crampons en argent faisant partie de la canne des tambours-majors. Ils sont soudés près du bord supérieur de la douille ; ils sont au nombre de deux, diamètralement opposés, et destinés à attacher les extrémités de la chaîne. » (Bardin)

CHAINE DE CANNE DE TAMBOUR-MAJOR :

« Sorte de chaîne qui part de la douille de la pomme et règne jusqu’au bas de la canne ; cette chaîne est en fort fil d’argent plié en chaînons soudés ; elle se divise en deux chaînettes ; chacune d’elles est arrêtée par son extrémité supérieure au crampon ou anneau fixe, et pèse cent cinquante grammes ; les chaînettes se croisent dix fois en tournant en spirale autour du jonc, et leur extrémité inférieure est arrêtée au crampon de la douille du bout de la canne. La longueur d’une chaînette avant d’être ployée est d’un mètre trois cents millimètres. » (Bardin)

USAGE :

« La manière dont le tambour-major tient la pomme de sa canne est indicative de la batterie de l’assemblée ; la position dans laquelle il la dirige ou l’élève est indicative d’une batterie de ban, du pas accéléré, etc. »

Toutes ces indications, très précises, peuvent s’avérer utiles lorsqu’il s’agit d’identifier ou de distinguer une ancienne canne de caporal-tambour d’une canne de tambour-major, ou encore d’une canne de suisse ou de coureur.